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Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès

 
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gorenflo


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MessagePosté le: 2013-03-13, 13:54    Sujet du message: Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès Répondre en citant

Bonjour à tous, 


Le 21 avril 1954, le juge Périès entend Gaston pour la dernière fois. Celui-ci est assisté de Maître Charles-Alfred. Ses confrères Pollak et Charrier n'ont pas fait le déplacement et on comprend vite pourquoi. Dès le départ, Gaston va indiquer qu'il n'a pas l'intention de répondre aux questions du juge. Donc, pas de nécessité de mobiliser l'équipe au complet.


Pourtant cet interrogatoire est très intéressant car il reprend les charges accumulées contre Gaston et on mesure alors qu'elles sont très lourdes. Je vais retranscrire ce PV en plusieurs fois car il est long. Mais il mérite le déplacement. 


Le juge commence donc par reprendre des éléments de la biographie de Gaston, sa vie, son enfance, tout cela jusqu'à Août 1952, et demande à l'inculpé si tout cela est exact. Réponse : " Cela est vrai. Je proteste cependant contre le fait qu'il est procédé à cet interrogatoire définitif alors que, comme je l'avais demandé, je n'ai pas été à nouveau confronté avec Clovis. Je ne veux donc plus vous répondre. Je suis innocent. "


Le juge reprend alors les éléments du dossier à partir de l'avis qu'a fait Gustave à Jean-Marie Olivier. Tout ceci est connu de tout le monde. Je vais donc jusqu'au moment où on évoque l'arrivée des Drummond à leur lieu de campement : 


" Vous auriez été l'un des premiers à apercevoir cette famille. Vous aviez déclaré, en effet, lors de votre première audition, que ramenant à la ferme votre troupeau de chèvres, le 4 août vers 20h00, vous aviez remarqué la présence de trois personnes "qui se préparaient à se changer" à l'endroit où le lendemain matin l'on devait découvrir deux des cadavres" 


Il est question ensuite de l'éboulement que Gaston avait remarqué, du fait qu'il a demandé à Gustave de s'y rendre. Le juge rappelle qu'il a été question de cet éboulement le lendemain matin puisque, en s'y rendant, Gustave a découvert le cadavre d'Elizabeth et a fait savoir alors qu'il avait entendu des coups de feu dans la nuit, vers 01h00, témoignage corroboré par les déclarations de Roche et Franco du hameau de Dabisse. Le juge évoque ensuite la découverte de la carabine dans la Durance, arme du crime. Il précise qu'il s'agissait  bien de l'arme du crime compte tenu de deux éléments : l'éclat de crosse découvert près de la tête d'Elizabeth et l'expertise du professeur Ollivier portant sur les douilles découvertes sur le terrain. Le juge ajoute que le crime n'avait pu être prémédité de longue date puisque le meurtrier n'avait pas eu assez de cartouches pour abattre Elizabeth. Il revient sur la découverte des deux cartouches sur le terrain et reprend l'explication selon laquelle " on pouvait supposer que le meurtrier ne connaissait pas le fonctionnement de la carabine américaine." 


Il ajoute : " Ces considérations devaient permettre de limiter le champ des recherches et si de nombreuses pistes furent suivies par les enquêteurs, il devint de plus en plus vraisemblable que le meurtrier était un homme de la région. Il paraissait d'abord peu probable qu'une personne venant de loin ait pu transporter, sans attirer l'attention, une arme aussi encombrante." Le juge précise ensuite qu'il était rapidement apparu que des armes similaires avaient été remises par les troupes de Libération qui était passées sur la RN 96 au mois d'août 1944. Il ajoute que ce type d'arme, après vérification, n'équipait pas les maquis. 


Le juge évoque alors le travail de la police judiciaire qui a cherché à identifier le propriétaire de l'arme. L' opération s'est avérée infructueuse mais, pour autant, il rappelle que la réaction de Clovis à sa présentation a été une indication et a fourni une orientation. 


Il poursuit : " A diverses reprises, votre fils Gustave et vous-même, avez été longuement entendus mais, dès le début, les enquêteurs eurent le sentiment que vous dissimuliez une partie de la vérité. A la lumière des déclarations recueillies apparaissaient en tous cas des invraisemblances dénotant le caractère étrange de certaines de vos attitudes. 


En premier lieu, on pouvait s'étonner que ni l' un ni l'autre n'ayez pu situer la direction dans laquelle les coups de feu avaient été tirés. Les fenêtres de vos chambres étaient cependant ouvertes et il paraissait inconcevable que vous n'ayez pu vous rendre compte si les détonations aussi violentes que celles d'une arme de guerre, éclatant à 150 m de votre demeure, provenaient du Nord ou du Sud. 


Par ailleurs, il apparaissait à peu près certain qu'au moment où ils avaient été attaqués, les campeurs anglais avaient poussé des cris. Or, vous prétendiez l'un et l'autre n'avoir pas entendu crier. Votre fils Gustave a admis, quant à lui, qu'en entendant les coups de feu il avait été pris de frayeur et qu'après réflexion il avait pensé à une agression possible dont auraient été victimes les campeurs. Il était surprenant alors qu'il ne se soit pas rendu à ce moment-là dans votre chambre pour prendre votre avis. 


Fait plus inconcevable encore de la part de Gustave : d'après ses déclarations des 6 août et 8 août 1952, il n'avait pas eu l'idée dès le lever du jour d'aller vérifier si ses craintes étaient justifiées. Loin de là, il prétendait n'être sorti de la ferme qu'à 5h30, soit une heure après le lever du soleil et ne s'être dirigé vers le pont de pierre que dans le but de s'assurer de l'éboulement. Passant à proximité du campement, il n'avait même pas porté son regard de ce côté mais après avoir franchi le pont, il  avait aperçu la fillette allongée sur le dos, la tête ensanglantée. Sans s'approcher de l'enfant, il avait réalisée qu'elle était morte et c'est alors que remontant le chemin et sans se préoccuper de savoir ce qu'étaient devenus les parents, il avait arrêté le motocycliste OLIVIER. "


Voilà pour un premier post sur ce sujet. D'ores et déjà, on note que lorsqu'on reprend les éléments les uns après les autres, sans inventer mais en observant simplement les différentes attitudes, tout converge vers la Grand Terre. Et ce n'est pas fini. 


Cordialement. 
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MessagePosté le: 2013-03-13, 13:54    Sujet du message: Publicité

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gorenflo


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MessagePosté le: 2013-03-14, 14:17    Sujet du message: Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès Répondre en citant

Suite de l'interrogatoire de Gaston : 


Le juge poursuit sur Gustave, rappelant qu'à compter du 18 août 1952, la PJ avait la certitude qu'il mentait. En effet, il avait raconté qu'après la découverte du cadavre d 'Elizabeth, il n'avait en pour préoccupation que d'alerter un témoin et que c'est ainsi qu'il avait arrêté Olivier. Mais il était avéré qu'il avait laissé passer un Vespa immatriculé en Suisse. Sur ce point, je me permets d'ajouter qu'on ne sait pas, en fait, combien de véhicules Gustave a pu laisser passer avant d'arrêter Olivier. On parle du Vespa suisse parce que Olivier l'avait vu et pensait le rattraper mais rien ne dit qu'il n'y en pas eu d'autres. 


Le juge continue : " Par ailleurs, le sieur Olivier affirmait que lorsqu'il l'avait interpellé, Gustave Dominici ne se trouvait pas, comme celui-ci l'avait prétendu jusqu'alors, sur le bord de la route mais derrière le capot de la voiture HILLMAN. Votre fils a d'abord nié ce fait pour admettre ensuite, après une longue audition, qu'il avait menti en affirmant ne pas s'être approché du campement des Anglais et qu'en réalité il se trouvait à deux mètres en avant de la voiture, lorsqu'il avait arrêté le motocycliste. Il se refusait néanmoins à reconnaître qu'il avait surgi de derrière le capot du véhicule comme le soutenait Olivier. " 


Le juge évoque ensuite la déclaration de Maillet concernant le fait que Gustave avait découvert la petite Elizabeth encore vivante : " Il était, dès lors, pour le moins inexplicable que cet homme loin de s'approcher de l'enfant pour lui porter quelques soins ou de courir vers le campement pour aviser ses parents, se soit borné à dire au motocycliste Olivier qu'il venait de découvrir un cadavre. 
Le comportement de votre fils en cette circonstance fut sanctionné par la peine de deux mois d'emprisonnement que lui infligea la cour d' Appel d' Aix.
Il était d'ailleurs à présumer que tout en reconnaissant le fait, Gustave Dominici altérait encore la vérité. Il affirmait en effet avoir découvert l'enfant à 05h30 alors que selon l'avis des médecins légistes, la fillette n'avait pu survivre plus d'une heure à ses blessures. Il était vraisemblable qu'elle avait été frappée quelques instants après qu'eurent retenti les coups de feu et il apparaissait ainsi que votre fils mentait encore en soutenant qu'il n'était pas sorti de chez lui avant 05h30. "


Le juge évoque ensuite la déclaration de Maillet de janvier 1953 dans laquelle celui-ci raconte que Gustave lui a confié avoir entendu des cris. Il revient sur la déclaration de Zézé de mai 1953 dans laquelle celui-ci indique que le lendemain du crime, Yvette lui avait dit avoir vu les deux Anglaises à la ferme et leur avoir donné de l'eau. De même, Gustave lui avait révélé, le même jour, s'être levé à 04h00 et non à 05h30. 


Le juge poursuit : " S'il était ainsi permis de penser que depuis le début de l'enquête, Gustave Dominici cherchait à égarer la justice,  votre propre attitude depuis la découverte du crime n'a pas manqué de retenir l'attention des enquêteurs. Il avait été remarqué, en effet, que si vous réserviez un assez bon accueil aux policiers et conversiez volontiers avec eux sur les travaux de la ferme, vous éleviez le ton et vous emportiez dès qu'était évoqué le triple meurtre. Il fut établi d'ailleurs que vous aussi aviez tenté de les induire en erreur. A plusieurs reprises, en effet, vous leur aviez déclaré avoir découvert vous-même et remis aux gendarmes l'éclat de crosse qui se trouvait sous la tête d'Elizabeth Drummond. Or, dans sa déposition du 30 janvier 1953, le sieur Eyroux affirmait que c'était lui qui avait fait cette découverte. 
On pouvait s'étonner, au surplus, que le matin du 5 août 1952 vous ne vous soyez pas rendu avant de partir avec votre troupeau, sur le lieu de l'éboulement ne serait-ce que pour vous assurer qu'il n'avait pas progressé au cours de la nuit. C'était cependant la première fois qu'un tel incident se produisait sur vos terres et vous ne pouviez ignorer que votre responsabilité aurait été engagée si la voie ferrée avait été obstruée. "


Le juge rappelle ensuite à Gaston que ce matin-là il est parti dans le sens opposé à l'éboulement et s'étonne aussi du fait que Gaston nie avoir vu un camion américain s'arrêter à la Grand Terre au moment de la Libération, alors que les fermiers des environs ne font aucune difficulté pour le dire. Il rappelle aussi le témoignage de Bastide.  


Il continue : " A ce stade de l'enquête, si le commissaire Sébeille ne pouvait encore donner une interprétation exacte à votre attitude et à celle de votre fils Gustave, il acquérait la conviction que l'un ou l'autre, sinon tous les deux, aviez joué un rôle dans cette affaire. 
Cette conviction se trouva renforcée au moment où fut établi en mai 1953, un fait dont les enquêteurs n'avaient pu avoir connaissance lors des premières constatations effectuées sur les lieux. Des dépositions de deux témoins, les sieurs Roure et Ricard, il résultait en effet qu'entre 06h45 et 07h30, le 5 août 1952, le cadavre de lady Drummond avait été déplacé. "


Le juge donne ensuite les détails des constatations de ces deux témoins avant de dire : " Il apparaissait aussitôt probable que l'auteur de ce déplacement était un habitant de la Grand Terre ou l'un de ses proches, car il était impossible d'imaginer qu'un étranger à votre famille ait pu, si près de la ferme, agir de la sorte sans attirer l'attention, alors surtout qu'il faisait grand jour depuis plus de deux heures et qu'ainsi il était permis de supposer que l'alerte avait été donnée".   


Le juge en arrive alors au 12 novembre 1953 et aux aveux de Gustave après ses différents mensonges, sur les cris qu'il avait entendus, sur la venue à la ferme de lady Anne et sa fille, sur son lever à 04h00 et non à 05h30, sur le fait qu'en remontant le chemin il avait bien vu les deux cadavres des parents, qu'il était revenu sur les lieux vers 05h45, moment où il avait arrêté Olivier, qu'il avait déplacé le cadavre de lady Anne. 


La suite d'ici peu. En attendant, le sac s'alourdit. 


Cordialement. 
 
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Nicolas


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MessagePosté le: 2013-03-14, 17:16    Sujet du message: Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès Répondre en citant

Excellent résumé .

Comme tu dis , il va partir aux beaumettes avec une valise en plomb ! Pas besoin de "preuves matérielles "..
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Cordialement .
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gorenflo


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MessagePosté le: 2013-03-15, 16:52    Sujet du message: Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès Répondre en citant

Salut Nicolas et les autres, 


Les preuves matérielles c'est pas plus mal. C'est même mieux. Mais bon, faute de grives ...  Cela dit, on n'a pas fini de voir que les éléments contre Gaston sont lourds. 


Suite de l'interrogatoire : 


" Le 13 novembre 1953, à 11 heures, après qu'il eut exprimé le désir de nous parler et nous eut déclaré qu'au cours de la matinée il avait été frappé par les policiers, Gustave Dominici confirmait devant nous la déposition enregistrée la veille par le commissaire Sébeille. Invité à nous donner les raisons pour lesquelles il avait jusque là travesti la vérité et sommé de s'expliquer sur le déplacement du cadavre de lady Drummond, Gustave Dominici, comme à l'ordinaire, répondit de façon évasive. Entendu cependant une nouvelle fois par le commissaire Sébeille, votre fils devait reconnaître qu'il avait déplacé le corps pour sr'assurer qu'il n'y avait pas au-dessous des douilles ou des balles provenant de votre domicile. Un moment plus tard, Gustave Dominici s'effondrant à la suite des questions pressantes qui lui étaient posées déclarait au commissaire Sébeille que le 5 août 1952, à 4 heures du matin, vous lui aviez confié que vous étiez le meurtrier des Anglais" . 


Ici, une petite pause :  la fameuse remarque de Gustave selon laquelle il aurait dit qu'il avait déplacé le corps pour vérifier s'il n'y avait pas dessous des " douilles ou des balles provenant de la maison" a certainement été prononcée. On la retrouve dans un rapport de Sébeille, dans ce PV du juge, dans le rapport de Chenevier. Mais elle ne figure sur aucun procès-verbal d'audition de Gustave. Quelle différence, penseront certains ? La différence c'est qu'un PV d'audition est signé par la personne qui est entendue. A moins qu'elle refuse de signer, auquel cas mention en est faite. Mais dans tous les cas, si la phrase figure dans un PV d'audition c'est qu'elle a été prononcée. Là, cette phrase très importante ne se trouve dans aucun PV d'audition. On n'en dira pas davantage mais bon, nous nous sommes compris. 
 


Le juge rappelle ensuite que Gustave lui a été présenté dans l'après-midi, qu'il a renouvelé ses déclarations, qu'il a aussi indiqué que Clovis était au courant. Le juge a alors demandé que Clovis lui soit amené. 


Autre petite remarque sur ce point : Chenevier raconte dans son bouquin " La Grande Maison" que Gaston ne savait pas au moment de la contre-enquête que c'était Gustave qui l'avait dénoncé le premier. On a un peu de mal à le suivre car le Juge, entre autres, l'explique bien à Gaston et de manière claire. 


D'ailleurs, toujours pour préciser le comportement de Clovis, le juge poursuit : " Sur notre ordre Clovis Dominici était d'abord entendu par le commissaire Sébeille. Il affirmait d'abord tout ignorer du crime mais dès qu'il eut appris que son frère Gustave vous avait dénoncé, il déclarait lui aussi avoir reçu de vous cette terrible confidence" . On ne peut être plus précis. 


Le juge revient alors sur la déclaration de Clovis et la phrase prononcée par Gaston précisant qu'il en avait tué trois et qu'il pourrait bien en tuer un quatrième. Il rappelle que Clovis a d'abord déclaré ne pas connaître la carabine avant d'admettre qu'il avait constaté sa présence, plusieurs fois, à la Grand Terre. Il ajoute que, le lendemain, Gustave reconnaissait lui aussi avoir vu la carabine à la Grand Terre. 


Le juge en rajoute encore une couche sur la dénonciation par Gustave : " A l'issue de cette déposition, Gustave Dominici nous suppliait de ne jamais vous révéler que c'était lui qui vous avait dénoncé. La veille déjà, il avait exprimé le même désir craignant que la presse n'annonce la nouvelle". Ben dis donc, il n'était franchement pas à son aise le Tave ! Pourquoi une telle peur ? Il craignait un retour de bâton ?  Quant à Gaston, si avec toutes ces précisions il n'a pas compris qu'il avait été dénoncé par Gustave c'est à se demander s'il était sourd. 


Le juge rappelle ensuite le transport des deux frères à la Grand Terre dans la matinée du 14 novembre et le fait qu'ils ont désigné le même emplacement pour la carabine. Il poursuit : " Ainsi, après une enquête de plus de quinze mois, deux de vos fils vous dénonçaient comme étant le meurtrier de la famille Drummond. Bien que la chose n'ait pas paru impossible, puisqu'à la lumière des derniers éléments recueillis il n'était pas exclu que le coupable fut l'un des vôtres, leurs révélations furent accueillies avec une certaine circonspection". 


La suite d'ici peu. 


Cordialement. 
 
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Nicolas


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MessagePosté le: 2013-03-16, 14:22    Sujet du message: Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès Répondre en citant

Bonjour à tous , bonjour gorenflo ..


Citation:
Autre petite remarque sur ce point : Chenevier raconte dans son bouquin " La Grande Maison" que Gaston ne savait pas au moment de la contre-enquête que c'était Gustave qui l'avait dénoncé le premier. On a un peu de mal à le suivre car le Juge, entre autres, l'explique bien à Gaston et de manière claire.


Oui , et j'ai aussi toujours été  personnellement étonné de cette "vantardise " de la part de  Chenevier ! J'avais même relevé, pour les mettre sur le forum, les passages du procès où l'accent était déjà mis avec insistance sur les aveux de Gustave qu'il avait faits avant Clovis et non le contraire  . Gaston ne pouvait l'ignorer . Par contre il est "parlant" de voir combien souvent le "vieux renard " feint , donc, de tout mettre sur le dos de Gustave et de laisser Clovis de côté . (Car il met bien Clovis sur le côté de sa ligne de visée rancunière tout le long de l'enquête et du procès , où il ne l'accuse que d'avoir bricolé le carabine devant lui !!!!.
(Notons que, ce- disant il s'est trahi , il venait de reconnaître ainsi qu'il connaissait donc bien la carabine . )  Sans doute voulait-il faire plonger Gustave avec lui  pour des raisons tenant au crime .
 Clovis , lui, l'accusait directement et sans qu'il ne puisse l'entrainer avec lui à son tour , donc il a laissé cet" Os "de côté tant qu'il a pû .....pour ses dents !

.Quant à Chenevier il fait preuve ici d'un peu d'auto-satisafaction et ou d'oubli ..Gaston n'entendait, lui, que ce qui l'arrangeait . C'étaient tout de même de "sacrés clients" ces Dominici en matière de roueries , de mensonges et de manipulations en solo ou en clan .

La ruse remplace largement l'instruction ici au km 32 .

"








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gorenflo


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MessagePosté le: 2013-03-18, 10:23    Sujet du message: Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès Répondre en citant

Bonjour à tous, 


La suite ...


Pourquoi de la circonspection ? 


" Il semblait d'abord surprenant qu'un tel forfait ait été commis par le plus vieux de la famille. Les conditions dans lesquelles avait été perpétré le triple crime laissaient supposer qu'il était plutôt le fait d'un homme jeune." 
Un peu plus loin : " Au surplus, l'analyse des déclarations nouvelles de votre fils ne manquait pas de laisser planer un doute sur leur exactitude car il était difficile d'expliquer que Clovis et Gustave aient, l'un et l'autre, comme s'ils s'étaient concertés, prétendu tout d'abord avoir ignoré la présence d'une carabine de guerre à la Grand Terre alors qu'au moment où ils étaient interrogés sur ce point, il venaient de révéler la culpabilité de leur père. Ainsi apparaissait, une fois de plus, l'attitude étrange de Gustave Dominici, plus incompréhensible encore à un moment où l'on pouvait supposer qu'il avait enfin libéré sa conscience". 


Très intéressant ce point que soulève le juge : les deux frères accusent leur père et, curieusement, ne connaissent pas la carabine, ne l'ont jamais vue. On l'a souvent évoqué ici. Il faut bien qu'il y ait une raison à cette attitude. La seule raison valable est, me semble-t-il, que la carabine appartient fort probablement à l'un des deux. Et que, dans tous les cas, elle ne semble pas appartenir au père. Sinon, les deux frères l'auraient facilement affirmé. Souvenons-nous, sur ce point, de ce que raconte le docteur Morin et de la présentation qui lui a été faite, dans le hangar, de "l' arme spéciale".  


Le juge rappelle alors que Gaston, entendu longuement à la suite des déclarations de ses fils a nié avec véhémence. Il arrive à l'interruption de cette audition le 14 novembre à 18h00. " Ce même jour, entre 21h00 et 23h00 (???????) vous faisiez des aveux devant l'agent de police préposé le premier à votre garde, vous vous rétractiez devant celui qui l'avait relevé pour reconnaître à nouveau votre culpabilité en présence de M. PRUDHOMME, Commissaire de Police à Digne et du commissaire Sébeille. " 


Il expose ensuite le contenu des déclarations de Gaston telles qu'elles ont été reçues par Sébeille. Puis, il explique qu'il a souhaité, lui-même, réentendre Gaston le lendemain : " Désirant apprécier la valeur de cette déclaration, nous décidions de procéder, à notre tour, à votre audition. Mis en notre présence le 15 novembre 1953 à 10 heures, vous nous faisiez connaître aussitôt que vous n'étiez pas le meurtrier mais que vous aviez la volonté de confirmer vos aveux dans le but de sauver l'honneur de vos petits-enfants. Comme nous vous invitions à vous expliquer plus clairement vous nous indiquiez que vous " vouliez vous accuser à la place de votre fils Gustave". Nous vous sommions alors de nous dire ce que vous saviez de la participation de votre fils aux actes criminels. Nous ne pouvions cependant recevoir de vous d'autre réponse que celle-ci " Je suis le plus vieux de la famille, je dois me sacrifier pour elle". Nous vous avons fait connaître qu'il ne pouvait être satisfait à votre désir et que nous nous refusions à enregistrer des déclarations qui, vous l'affirmiez au préalable, n'étaient pas conformes à la vérité. "    


Ici, on peut tout de même s'interroger sur ce que dit le juge. Qu'il ne reçoive pas benoîtement la déclaration d'un Gaston qui vient de lui dire qu'il allait lui raconter des mensonges, on peut comprendre. Mais pourquoi ne pas procéder à une audition en commençant par une question du genre : " Vous venez de mettre en cause votre fils Gustave. Vous avez ajouté aussitôt que vous vous accusiez parce que vous vouliez vous sacrifier pour sauver l'honneur de vos petits-enfants. Que signifie cette déclaration ? Que savez -vous de la participation aux crimes de votre fils Gustave ?" 


On peut imaginer que Gaston continuerait d'essayer de "noyer le poisson". Mais, au moins, les questions seraient posées, par écrit. Et les réponses également transcrites. Mais Periès préfère attendre. Il laisse à Gaston le temps de la réflexion et poursuit ainsi son procès-verbal : 


"  Une demi-heure plus tard, nous nous présentions à nouveau devant vous et vous nous annonciez "que vous alliez tout nous dire". C'est ainsi qu'il a été recueilli et  transcrit avec la plus grande fidélité le récit que vous nous avez fait de la nuit tragique. C'était bien d'un récit qu'il s'agissait et non d'un interrogatoire car mis au courant de la série d'aveux et rétractations de la veille, rendu sceptique aussi par l'attitude que vous veniez de manifester devant nous quelques instants auparavant, nous tenions plus que jamais à porter un jugement sur la valeur de vos aveux. Pour cela, il convenait de vous laisser expliquer librement en vous posant le minimum de questions, sans vous interrompre ni vous contredire, ce qui fut fait ". 


Très bien. Le juge explique et justifie son attitude. Si on peut comprendre qu'il reçoive les déclarations de Gaston sans intervention de sa part, le laissant développer jusqu'au bout pour voir si tout cela tient à peu près debout, on peut aussi se demander pourquoi il ne reprend pas, dans une autre audition, les points qui posent problème. Et nous savons qu'il y en a un certain nombre, à commencer par la grotesque explication de la séduction de lady Anne. 

Le juge poursuit en reprenant les éléments de la déclaration de Gaston. Il évoque la remarque ce celui-ci, à la fin de son audition ; " Je pense que vous avez compris. Il y a vingt ans que je ne m'entends plus avec ma femme. Je suis trop vieux pour divorcer. J'ai l'occasion de m'enlever du milieu, je ne la laisse pas échapper". 

Le juge est troublé : " La surprenante attitude que vous adoptiez ainsi, immédiatement après avoir signé des aveux, ajoutait au trouble créé par l'invraisemblance de certaines de vos déclarations relatives au mobile du crime et l'imprécision relevée dans les déclarations de vos deux fils" . Le juge est bien conscient des faiblesses du scénario à la Gaston.  Il en arrive ainsi à la reconstitution. 


" C'est ainsi que dans le but de dissiper cette équivoque, et pour tenter de déceler précisément si celles de vos déclarations se rapportant directement aux actes homicides étaient le fruit de votre imagination ou l'expression de la vérité, il vous a été demandé de figurer sur les lieux l'essentiel de la scène criminelle. Nous pensions en effet que si vous étiez innocent et si, malgré cela, vous acceptiez de vous prêter à cette opération, persistant dans votre volonté de vous accuser à la place d'un autre, il serait bien surprenant que vos gestes et vos déclarations fussent en parfaite concordance". 


Le juge décrit alors le déroulement de la reconstitution, y compris la tentative de suicide de Gaston. Sur l'utilisation de la carabine, il écrit : " Il faut ajouter que vos gestes ne nous ont pas permis de nous rendre compte si vous connaissiez le fonctionnement de la carabine américaine. Vous vous étiez borné, en effet, à mimer chaque coup de feu sans indiquer si chaque fois vous aviez réarmé comme il était probable que l'avait fait le meurtrier. Nous avions noté néanmoins la veille votre déclaration selon laquelle vous vous seriez servi la première fois de cette arme, le soir du crime. " 


Ce dernier point est important lorsqu'on lit, ailleurs, que Gaston aurait fait le geste de réarmer après chaque coup de feu. Le juge ne l'a pas observé et Sébeille, dans son bouquin, n'en parle pas non plus. 

La suite pour bientôt. 

Cordialement.  
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Nicolas


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MessagePosté le: 2013-03-18, 14:48    Sujet du message: Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès Répondre en citant

bonsoir Gorenflo ,
merci pour cette documentation fondamentale .




Citation:
curieusement, ne connaissent pas la carabine, ne l'ont jamais vue . On l'a souvent évoqué ici. Il faut bien qu'il y ait une raison à cette attitude. La seule raison valable est, me semble-t-il, que la carabine appartient fort probablement à l'un des deux. Et que, dans tous les cas, elle ne semble pas appartenir au père. Sinon, les deux frères l'auraient facilement affirmé. Souvenons-nous, sur ce point, de ce que raconte le docteur Morin et de la présentation qui lui a été faite, dans le hangar, de "l' arme spéciale". 





C'est un point capital que la façon dont ils se sont montré "gênés " pour parler de cette carabine et de son origine !  C'était leur patate chaude du récit accusateur .Le fait qu'ils aient tant tergiversé pour enfin se mettre  d'accord pour désigner l'étagère, montre qu'il y a  sans doute eu "un petit arrangement entre amis "  pour solutionner la venue de cette carabine dans la scène du meurtre sans qu'elle n'en entraine d'autres dans les ennuis et sans que ce soit bien nécessaire à la solution du drame . Il ne fallait pas contrarier Clovis pour qu'il consente à accuser jusqu'au bout son père ...                                                ??




s
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Cordialement .


Dernière édition par Nicolas le 2013-03-21, 16:19; édité 2 fois
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Nicolas


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MessagePosté le: 2013-03-18, 14:59    Sujet du message: Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès Répondre en citant

Bonjour ,


Citation:

 persistant dans votre volonté de vous accuser à la place d'un autre, il serait bien surprenant que vos gestes et vos déclarations
fussent en parfaite concordance".

Le juge ne se tire -t-il pas une balle dans le pied ici ? Car la fameuse "reconstitution" a bien fait la preuve que Gaston faisait n'importe quoi ou presque ?
Et puis , Gaston sans doute voulait-il bien endosser le triple crime , mais pas celui de la petite ..là, on lui en demandait peut -être un peu trop si l'on en croit son perpétuel trouble au sujet de la fin de la fillette et surtout de sa tentative de suicide au moment où on lui a demandé d'aller tuer Elizabeth ...C'en était trop .

Alors ? Et si ce n'était que Gustave l'assassin ? Celui qui tirait le sanglier , qui manipulait la carabine avec adresse (épisode DrMorin: dires de Gaston .)

La petite Elizabeth connait son assassin , elle .  


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gorenflo


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MessagePosté le: 2013-03-20, 11:36    Sujet du message: Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès Répondre en citant

Bonjour Nicolas, 
Bonjour à tous, 


Nous savons, depuis Laborde, que cette affaire crée " un perpétuel ronronnement dans les esprits". Que l'on passe de l'un à l'autre des personnages, indéfiniment. Mais, tout de même, il ne faut pas oublier les aveux quasi spontanés de Gaston devant Guerino. Pourquoi serait-il allé raconter tout cela s'il avait été étranger à l'affaire ? Un énorme coup de poker ? Joué par un innocent ? Avec la volonté, dans le même temps, de tout faire pour embrouiller la justice avec des mises en cause de Gustave puis Zézé ? Je veux bien, mais c'est un peu osé comme hypothèse. 


Retour au PV de juge. 


" En définitive, le 16 novembre 1953, vous avez été inculpé de triple assassinat. Vous avez aussitôt confirmé vos déclarations du 15 novembre précisant qu'au moment où vous aviez commis ce crime, vous étiez ivre. 


Interrogé en présence de trois de vos défenseurs les 7 et 30 décembre 1953, vous avez à nouveau proclamé votre innocence mais précisant cette fois qu'il fallait attribuer vos aveux du 14 décembre à la grande fatigue consécutive à un trop long interrogatoire. D'après vos explications, les policiers vous auraient laissé entendre que votre fils Gustave était le coupable et que, comme tel, il serait exécuté, tandis que si vous vous accusiez à sa place vous ne seriez, eu égard à votre âge, condamné qu'à de la prison. Vous ajoutiez que ce long interrogatoire, en même temps qu'il vous avait fatigué, vous avait fait perdre la raison, mais que gardant toutefois conscience du danger qui menaçait Gustave et craignant aussi d'être à nouveau interrogé le lendemain, vous vous étiez décidé à dire que vous étiez le meurtrier.  


Il vous était cependant objecté que vous aviez fait pour la première fois des aveux devant le gardien GUERINO et non devant le commissaire PRUDHOMME comme vous le prétendiez, à un moment où il vous était précisément permis de vous reposer ; que certains détails par vous donnés à des policiers qui n'avaient pas participé à l'enquête et corroborés par les constatations médicales ne pouvaient ni vous avoir été suggérés ni être le fruit de votre imagination. 


Vous avez répondu que si vous aviez effectivement désigné l'endroit où vous auriez pris la carabine c'est sur l'indication que vous avaient donnée à ce sujet les policiers au cours de l'interrogatoire du 14 novembre. 


Vous avez déclaré aussi que vous aviez pu facilement imaginer les détails de l'attaque de la famille anglaise en vous inspirant de " ce qu'avaient dit les médecins légistes". 


Nous vous avons fait remarquer que s'il en avait été ainsi, vous n'auriez pas manqué de compléter votre récit en déclarant que vous aviez tiré plusieurs fois sur lady Drummond et que vous aviez porté plusieurs coups sur la tête de l'enfant. Les blessures multiples constatées sur le corps de ces dernières avaient, en effet, fait l'objet d'une large publicité alors que la blessure en séton relevée à la main droite de sir Jack Drummond était passée inaperçue. 


Au surplus, votre déclaration relative à l'attitude des policiers qui, le 14 novembre, vous auraient fait comprendre que le coupable était votre fils Gustave ne résistait pas à l'examen. Il apparaissait, en effet, invraisemblable et contraire à toute logique que pour obtenir vos aveux, la police judiciaire ait eu recours à un tel procédé alors qu'à ce moment elle était en possession des déclarations accusatrices de vos deux fils. Ces accusations avaient d'ailleurs été portées à votre connaissance, pour la première, par le commissaire SEBEILLE et non par son collègue PRUDHOMME comme en faisait foi votre procès-verbal de dénégation du 14 novembre. 


Nous vous avons encore objecté que cet autre motif que vous invoquiez pour expliquer cette reconnaissance de culpabilité, à savoir la crainte d'être à nouveau interrogé par la police n'était plus valable dès l'instant où vous aviez comparu devant nous. Nous vous faisions remarquer aussi qu'après avoir bénéficié d'une seconde nuit de repos au cours de laquelle vous aviez pu retrouver vos esprits, vous aviez accepté de figurer la scène criminelle alors que, vous retrouvant sur votre domaine, il vous eut été possible de clamer votre innocence. A cela vous avez répondu que vous étiez encore dans le "coma" et que vous n'aviez repris conscience que quelques instants après la reconstitution ". 


Ah, il n'a pas eu de chance ce brave Gaston ! Il se réveille à la fin de la reconstitution ! 


On remarque dans ce passage que les raisons qu'avance Gaston pour expliquer des aveux mensongers sont reprises et démolies méthodiquement par le juge. Alors, deux solutions : ou bien ce qu'il a avoué est la vérité (mais nous savons bien que certains détails sont inventés, comme la séduction de lady Anne) ou bien il a dit des mensonges pour semer l'embrouille, ce qui paraît plus probable. Et s'il l'a fait, c'est qu'il avait de bonne raisons : sauver Gustave ? Peut-être mais tout en l'accusant, sa démarche devient difficile à suivre. Ne pas dire la vraie vérité qui serait plus grave que ce qu'il a pu raconter à Guerino dans un moment de faiblesse ? C'est ce qui me paraît le plus probable mais je me garderai de l'affirmer. 


Cordialement. 


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Nicolas


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MessagePosté le: 2013-03-21, 09:01    Sujet du message: Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès Répondre en citant

Bonjour à tous ,
Bonjour Gorenflo .



Citation:
Que l'on passe de l'un à l'autre des personnages, indéfiniment. Mais, tout de même, il ne faut pas oublier les aveux quasi spontanés de Gaston devant Guerino. Pourquoi serait-il allé raconter tout cela s'il avait été étranger à l'affaire ?
Il me semble , parmi les hypothèses les moins farfelues , que depuis longtemps , dans l'intimité des murs de la Grand'terre , les meillleures solutions ont dû être envisagées par le clan , ou du moins les moins mauvaises . Après avoir retourné mille explications plausibles, seule la mort de la fillette leur parut insoutenable et sans excuse acceptable . La solution restante était d'éviter un massacre dans les rangs des hommes présents cette nuit là, restait donc cette  solution  seule jouable , dans la mesure où à terme ils seraient cernés par la justice .
 Le patriarche" a eu tout le monde contre lui  à la maison "pour des raisons évidentes de sa participation au crime , voire du démarrage du drame .
Mais il n'était pas question pour autant de sacrifier tous les acteurs ,  au pire des cas Gaston devait seul endosser le triple crime car il était le plus agé (76 ans ). La grand' terre , Yvette et ses petits enfants avaient besoin des plus jeunes pour survivre .
 Evidence vitale qui s'imposait aux réticences .

Mais cette solution "imposée " par le clan n'a pas dû emporter l'approbation totale du vieux qui se voyait mal dans le rôle du bouc émissaire , alors qu'il n'avait peut- être pas achevé la fillettte tout seul ....

Le responsable du crime , à ses yeux , c'était d'abord le responsable de l'éboulement : Gustave !

Sans cette bêtise due à cet "incapable "rien ne serait arrivé . Que Gustave , alors ait été présent ou non sur le bivouac à 1h du matin , pour Gaston c'était lui le responsable ..qu'il a tenté si souvent de faire plonger avec lui .Mais gageons qu'il y avaient aussi d'autres raisons bien plus graves .

Nous pouvons aisemment éprouver à la place de  Gaston son ressentiment contre "ce crétin" de fils qui , non seulement avait laissé s'inonder ce champs de luzerne , mais qui , de surcrôit , flanche devant la police et l'accuse !





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Dernière édition par Nicolas le 2013-03-21, 16:01; édité 1 fois
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gorenflo


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MessagePosté le: 2013-03-21, 16:00    Sujet du message: Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès Répondre en citant

Bonjour Nicolas, 
Bonjour à tous, 


Tu viens d'écrire quelque chose qui m'ouvre les yeux, peut-être, sur un point important. Qu'il y ait eu entente préalable pour que Gaston se sacrifie, je n'y crois pas. Dans cette hypothèse, on peut supposer qu'il n'aurait pas attendu une nuit et une journée entières à se faire tarabuster par la police. Mais lorsque tu dis qu'il en veut à son fils qui flanche, je me demande si, tout bonnement, il n'aurait pas décidé de monter, lui, en première ligne pour pouvoir raconter l'histoire à sa façon et ne pas tout révéler, notamment de la mort d'Elizabeth. Ce faisant, c'est lui qui endosse le mauvais rôle, certes, mais c'est lui qui désormais est à la manœuvre, qui explique, qui révèle et qui, par conséquent, raconte ce qu'il veut bien raconter. Et lui, il sait bien qu'il ne flanchera pas sur ce qui est indicible. 


Le fils Gustave ne tient pas le coup. Il accuse le père qui n'est pas un gentil innocent et se garde bien de dire comment les choses se sont passées. Il prétend qu'il était absent. Tout cela pour laisser Gaston, auteur principal, se dépatouiller avec cette affaire. Gaston n'apprécie pas, on peut comprendre. Surtout que Clovis en remet une couche. Gaston nie un temps puis avoue en racontant des salades à Prudhomme, à Sébeille et au juge. Mais il fait peut-être cela par peur de la faiblesse de Gustave. Si Gustave est bien "secoué" qu'est-ce qui dit qu'il ne va pas en raconter davantage ? Qu'il ne va pas enfoncer encore un peu plus Gaston en révélant une mort préméditée de la fillette ? 


Simple hypothèse, attention, car s'il est pour quelque chose dans la mort d'Elizabeth, Gustave n'a aucun intérêt à le dire. Il s'enfoncerait lui-même. Mais comment savoir ce qu'il a vraiment fait ? Si ce n'est pas lui qui a frappé Elizabeth, il peut toujours dire qu'il n'a participé en rien, qu'il n'a été que spectateur. Et c'est peut-être ce que craint Gaston. 


Mais alors, cela reviendrait à dire que les aveux devant Guerino n'ont pas été si spontanés que cela. 


Allez, quelques tours d'aquarium. 


Cordialement.  
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Nicolas


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MessagePosté le: 2013-03-21, 16:17    Sujet du message: Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès Répondre en citant

Bonjour Gorenflo

Si c'était "tournez manège" , au moins on y trouverait son compte ..mais là on tourne en bourrique .

Citation:


Gaston nie un temps puis avoue en racontant des salades à Prudhomme, à Sébeille et au juge. Mais il fait peut-être cela par peur de la faiblesse de Gustave. Si Gustave est bien "secoué" qu'est-ce qui dit qu'il ne va pas en raconter davantage ? Qu'il ne
va pas enfoncer encore un peu plus Gaston en révélant une mort préméditée de la fillette ?




Ton idée de Gaston aux commandes n'est pas pour déplaire au bon sens . On constate en effet que les deux frères ont continué à se taire et sur la carabine et sur les conditions de la mort de la fillette , sous pretexte que le vieux n'a pas voulu leur en parler .(ça sent la connivence concertée comme dirait De La Palisse du Pléonasme,  ou tu parles charles comme dirait zézé .)
En fait ,  seul Gaston est resté maître de la manoeuvre par ce biais comme tu dis bien .
Quant aux aveux "spontanés " à Guérino , certes ils ne furent exigés de personne à ce moment- là , mais Gaston en avait assez entendu
pour comprendre qu'il n'avait plus le choix bien longtemps . Spontanés , certes , mais comme son terrain qui s'est effondré d'un coup sous une poussée antérieure ..

Tu peux me prêter ton bocal ?  


 

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gorenflo


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MessagePosté le: 2013-03-23, 09:17    Sujet du message: Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès Répondre en citant

Bonjour à tous, 


Suite et fin du PV par le juge Periès : il poursuit par des rappels adressés à Gaston Dominici. 


" Notons aussi qu'au cours de votre interrogatoire du 7 décembre, et après avoir déclaré le contraire à de nombreuses reprises auparavant, vous avez pour la première fois affirmé que ce n'était pas vous qui aviez découvert l'éclat de crosse au moment où avait été enlevé le cadavre d'Elizabeth Drummond. "


Le juge évoque alors les auditions des fonctionnaires de police : 


" La déposition du gardien GUERINO devait présenter un vif intérêt. Il s'avérait d'abord que c'est à lui que vous aviez fait le soir du 14 novembre vos premières confidences. Ces confidences vous les aviez faites spontanément portant vous-même la conversation sur le crime dont votre interlocuteur ne connaissait que fort peu de détails. Vous aviez ainsi déclaré à votre gardien qu'au cours de la nuit vous aviez quitté votre domicile pour aller vous rendre compte de l'évolution de l'éboulement - que vous étiez passé à proximité du campement où on avait dû vous prendre pour un maraudeur - que vous aviez été attaqué et que vous aviez tiré. 
Nous observions aussitôt que ces déclarations étaient sensiblement les mêmes que celles que vous auriez faites à vos deux fils Gustave et Clovis et que ceux-ci nous avaient rapportées dans leurs dépositions des 13 et 14 novembre. Le mobile du crime tel qu'il pouvait apparaître à la lumière de la déposition du gardien GUERINO était donc très différent de celui qu'on pouvait déduire de vos déclarations aux commissaires PRUDHOMME et SEBEILLE et à nous-même. Il était en tout cas plus vraisemblable bien qu'il ait paru surprenant que pour vous rendre sur les lieux de l'éboulement, vous vous soyez muni d'une arme de guerre". 


Ici, le juge montre tout de même qu'il n'est pas dupe des déclarations de Gaston après ses premiers aveux à GUERINO. En effet, dès qu'il comprend que ce qu'il a raconté dans un moment de relâchement à GUERINO va être couché sur procès-verbal, Gaston se ravise et invente. Le juge insiste sur l'invraisemblance que constitue le fait que Gaston ait emporté avec lui une arme du guerre, simplement pour aller vérifier l'état de l'éboulement. Ce qui consiste à ouvrir une porte vers une autre explication. Il ajoute que Gaston, les 15 et 16 novembre, a allégué l'ivresse pour expliquer son comportement. Il continue : 


" Quoiqu'il en soit, confronté le 7 décembre 1953 avec le gardien GUERINO, vous n'avez pas nié avoir tenu devant lui les propos qu'il vous prêtait, vous bornant à dire que vous n'en aviez pas conservé le souvenir. Vous avez d'ailleurs adopté la même attitude lorsque vous avez été mis en présence du gardien BOCCA qui, ayant relevé le 14 novembre au soir son collègue GUERINO, affirmait vous avoir entendu dire que le coupable était Gustave et que c'était ce dernier qui avait acheté et réparé la carabine américaine Rock Ola. "  


Le juge revient ensuite sur les déclarations de Gustave et Clovis et sur le fait que ce dernier avait expliqué dans un premier temps avoir appris la culpabilité de son père par Gustave à sa sortie de prison. Puis, le juge rappelle que Clovis, au mois de février 1954, a déclaré en fait avoir appris le rôle tenu par son père dès le moment où il n'a plus vu la carabine à la Grand Terre, c'est à dire dès le jour où Sébeille lui a présenté l'arme, soit le 7 août. Au sujet de Clovis, le juge remarque : 


" Dans l'ensemble, néanmoins, et bien qu'exprimées parfois de façon imprécise, les différentes déclarations de Clovis Dominici se sont avérées concordantes. 
Il n'en a pas été de même de celles de votre fils Gustave. Au cours des dépositions qui furent recueillies après votre arrestation apparurent de nouvelles variations et contradictions auxquelles il lui était impossible de donner une raison valable. Il a bien maintenu les cinq, dix-sept et vint-huit décembre, que vous lui aviez dit au matin du 5 août 1952 être l'auteur des coups de feu mais après avoir prétendu que vous lui aviez fait cette confidence à 4 heures, il affirmé le 17 décembre, à la suite d'une nouvelle confrontation avec le sieur Maillet que c'était en réalité à 2 heures du matin. Cette dernière version fut néanmoins confirmée par votre belle-fille Yvette Dominici le 18 décembre 1953". 


Le juge reprend ensuite les différentes déclarations ayant opposé Gaston à ses deux fils, les rétractations de Gustave. Il évoque l'analyse faite par le professeur Olivier sur le graissage de la carabine concluant sur ce point : " Cet examen a révélé que  les matières ayant servi au graissage des armes de votre fils ( il s'agit de Clovis ) présentaient avec celles de la carabine du crime des caractères physiques approchants démontrant leur appartenance à un même type structural ou très voisin ; mais dans un rapport complémentaire l'expert indiquait que les méthodes employées ne permettaient pas de dire si les substances graisseuses comparées étaient les mêmes. "   


Il poursuit avec Roger Perrin : " Au cours de votre interrogatoire du 25 février 1954, vous avez jeté la suspicion sur votre petit-fils Roger Perrin indiquant qu'il n'était pas impossible que ce dernier fut le criminel ". On apprécie ici le sacrifice de Gaston qui a prétendu vouloir sauver l'honneur de ses petits-enfants. 


" Vous supposiez, l'ajoutiez-vous, que l'arme du crime lui avait été prêtée par votre fils Clovis qui, selon les dires de l'un de vos défenseurs (il s'agit de maître Charrier), en aurait été le propriétaire. Aucun élément n'a cependant permis de prendre en considération cette hypothèse".  


Le juge arrive au bout de son procès-verbal. Il reprend quelques éléments de la personnalité de Gaston :


" En 1922, vous avez reçu la médaille du courage et du dévouement pour avoir procédé à l'arrestation d'un bandit armé. Bon père de famille, vous aviez élevé assez sévèrement vos enfants exerçant en particulier sur votre fils Gustave une domination constante. 
Vous étiez connu comme un homme violent et impulsif. En 1897, vous auriez assez sérieusement blessé à ENTREVENNES un sieur MOISSON en lui assénant un coup de bâton sur la tête. De même, en 1925, vous vous seriez battu à Ganagobie avec un sieur GIRAUD que vous auriez poursuivi avec une hache à la main. 
Vous aviez la réputation de boire journellement d'assez grandes quantités d'alcool. "


Le juge rappelle que Gaston a été examiné et n'est atteint "d'aucune maladie mentale de nature à atténuer [votre] responsabilité" 


Pour finir, il l'avise qu'il va être déféré devant la Chambre des Mises en accusation sous l'inculpation d'avoir donné volontairement la mort aux Drummond et cela avec préméditation (pour les trois). 


Il demande à Gaston ce qu'il a à ajouter pour sa défense. Réponse de Gaston : 


" Je vous l'ai déjà dit, vous avez refusé de me confronter avec les membres de ma famille, je ne vous dirai plus rien. Quant aux faits de violences qu'on me reproche, il ont été inexactement rapportés. C'est moi qui, en 1897, ai reçu un coup de bâton de la part du sieur MOISSON et en 1925, j'ai séparé à Ganagobie les deux frères GIRAUD qui étaient aux prises. 
Il faut que vous ne sachiez plus quoi dire pour me rappeler des faits de cette nature (sic). 
Une fois de plus, je renouvelle que je suis innocent." 


Cordialement. 
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Nicolas


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MessagePosté le: 2013-03-28, 18:54    Sujet du message: Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès Répondre en citant

Bonsoir à tous , bonsoir Gorenflo ,

Citation:


Il poursuit avec Roger Perrin :
" Au cours de votre interrogatoire du 25 février 1954, vous avez jeté la suspicion sur votre petit-fils Roger Perrin indiquant qu'il n'était pas impossible que ce dernier fut le criminel ". On apprécie ici le sacrifice de Gaston qui a prétendu vouloir sauver l'honneur de ses petits-enfants.

" Vous supposiez, l'ajoutiez-vous, que l'arme du crime lui avait été prêtée par votre fils Clovis qui, selon les
dires de l'un de vos défenseurs (il s'agit de maître Charrier), en aurait été le propriétaire. Aucun élément n'a
cependant permis de prendre en considération cette hypothèse". 





Rolling Eyes  hum ...

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 22:51    Sujet du message: Le dernier interrogatoire de Gaston par le juge Périès

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